Journal d’un confinement en pyjama 29 novembre

Dimanche 29 Novembre
Journal d’un confinement en pyjama
Dehors le monde est gris
Dedans il fait poésie
Le café fume
Et le temps file
Lentement, lentement, lentement
Au tempo de mon cœur en émoi
 
Et moi, collé à la vitre de la réalité je me demande comment, comment faire de ce temps arrêté un temps augmenté, comment, comment rester en phase et en phrase avec la beauté, même pendant la catastrophe.
 
Une âme amie m’a demandé cette semaine, pourquoi tenir un journal, et je lui ai répondu « pour rester attentif ; à quoi ? au monde, à soi, à la vie qui suit son cours … », la réponse n’est pas de moi, mais de René Depestre, poète, donc professeur d’espérance, Depestre qui fait paraître chez Actes Sud ce mois-ci, son « Cahier d’un art de vivre », promenade poétique et philosophique dans ses années à Cuba entre 1964 et 1978, page d’histoire révolutionnaire aussi où l’on croise Fidel Castro, Che Guevara, Mao Tsé-Toung et Hô Chi Minh, entre autres, mais revenons à ma revue de presse de la semaine, le confinement n’arrête pas la vie qui suit son cours en effet comme dit le poète admiré, la vie njinja la vie caillou pour certaines, pour certains, damné(e)s de la terre, femmes et hommes réfugié(e)s évacué(e)s …violemment de la Place publique, la Place de La République même, comme un symbole de l’idéal piétiné.
Liberté, égalité, fraternité, ce ne sont pas les misérables sur lesquels s’abat la foudre et la farce pardon la force républicaine, qui les ont décrétées, ces valeurs, inscrites sur le fronton des mairies et des préfectures, liberté égalité fraternité, certaines, certains, sont juste venu(e)s voir, ont vu et été vaincus après avoir été un temps convaincu peut-être qu’elles et ils pouvaient se faire une petite place au soleil du pays des droits de l’homme comme on l’appelle en oubliant de nuancer parfois un peu, la France est le pays des droits de l’homme qui a des papiers, et en ce moment en France, c’est l’hiver, froid. Et la neige, parfois recouvre l’idéal…
Heureusement, quelques-unes et quelques-uns, citoyennes, citoyens, résidentes, résidents de la République, résistent et font fondre neige au soleil des cœurs qui tiennent ensemble et incarnent le sens des mots auxquels elles et ils croient, intimement, collectivement, définitivement radicalement par foi.
Oui, « les mots ont un sens », ce n’est pas de moi non plus, mais de … Pascal Praud, merci de ne pas sourire à cette ligne, je rends à Pascal ce qui appartient à Pascal le pro de la télé à débat polémiste, vous savez cette télé qui commande à nos instincts les plus bas de réagir et surenchérir en continu, et dont les spécialistes et les experts en tout donc en rien, parfois commentent les événements et commencent leurs phrases par « on ne peut plus rien dire » tout en déroulant leurs propos en toute quiétude ensuite sur les plateaux où l’on peut disserter divaguer discriminer en direct et sans contradiction parfois, et j’insiste sur le parfois, pour la nuance, la même nuance dont je parlais plus haut et que je m’applique à moi-même car nul ne devrait en faire l’économie, nul ne devrait en être exempt.
 
La vie suit son cours, et le monde tourne mal mal, c’est « Le temps des tempêtes », certaines il faut le dire, dans un verre d’eau. Prenons Paul Bismuth, par exemple pour ne pas le nommer vraiment, Paul B qui ne me contredira pas, si je dis que la politique est une omelette et qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, oui vous pouvez applaudir la punchline j’en suis assez fier, elle a vingt ans et je la rappais dans un texte adolescent qui n’a pas pris une ride contrairement à moi, et à notre homme…d’état, ancien président mis en examen, convoqué au tribunal par des petits pois l’image est de lui, présumé innocent présumé coupable, qui avait comparé les juges d’instruction à des petits pois dans leurs boites, une première sous la cinquième République, je parle évidemment de sa comparution et non de sa comparaison, do you understand me ?
 
La vie suit son cours, vous vous souvenez ?
Comme Paris hier, Joinville-Le-Pont est une fête, les soirées de chez Castel ne sont plus, mais les oiseaux de nuit en manque battent pavillon Val-de-Marne pour des ambiances folles dingues clandestines, clubber’s clusters, on tient là un concept pour demain, je note. Pour plus tard. Enfin bref…
Poursuivons, notre tour d’actualité.
 
Littérature…
Obama casse la baraque, facile je sais et alors, Mr President publie le tome 1 de ses mémoires, Une terre promise, est succès d’édition, c’est « un vrai bouquin, bien écrit, clair, précis, anecdotique, qui raconte et décrit ». Je ne l’ai pas lu ….
Je cite Philippe Labro, permettez-moi un kif. Perso.
 
Football…
Que dis-je, tremblement de terre, Dieu est mort, Nietzsche avait tort, car Dieu était vivant jusqu’au 25 novembre 2020, jusqu’au départ de Diego Armando Maravilha Maradona El Pibe de Oro, le gamin en or de Boca Junior, passé par le Barça et le Napoli, champion du monde en 1986 avec sa sélection, Grande Diego né dans la boue d’un des quartiers les plus pauvres de Buenos Aires, Grande Diego qui aura écrit, de ses pieds magiques et de sa main divine, sa légende personnelle. Dieu est mort, vive Dieu, qui nous aura émus, fait rêver par ses dribbles et ses buts, touchés dans sa détresse et sa chute. Il y a tant à dire sur le joueur, exceptionnel et sur l’homme, controversé, tant à dire aussi sur certains matches, emblèmes de ma jeunesse sous les tropiques, comme cet Argentine-Cameroun, en ouverture du mondial 90, et Omam Biyick qui s’envole et nous met en haut, tant à dire sur les visages défaits de Maradona et de ses co-équipiers à la fin du game, des larmes de liesse à la maison à Bonapriso, tant à dire, mais laissons, Dieu est mort. Et le titre de l’équipe est fort, j’aurais signé mon article ainsi aussi, si j’étais.
Journaliste sportif.
 
Affaire d’état, pour finir…
Article 24, sécurité globale, Michel Zecler, un homme, noir, pas si clair donc, manifestement, a été tabassé par des policiers qui voulaient le contrôler … pour non port du masque. J’ai vu les images comme beaucoup, insoutenables, et allez savoir pourquoi, mon esprit bloque encore, mon esprit bloque toujours, sur la déraison de son interpellation, pardon de son agression, chez lui. Non port du masque. Non port du masque. Non port, du masque.
 
Et je n’ai rien à rajouter votre honneur.
 
Ah si, ceci, message aux mauvais flics, souriez, vous êtes filmés.
 
Gil Scott-Heron, you were wrong, The revolution will … be televised !
 
 
Dehors le monde est gris
 
Dedans il fait poésie
 
Le café fume
 
Et le temps file
 
Lentement, lentement, lentement
 
Au tempo de mon cœur en émoi
 
 
One Love !!!
 
 

Journal d’un confinement en pyjama

Dimanche 15 Novembre
 
Journal d’un confinement en pyjama
 
Dehors le monde est gris
 
Dedans, il fait poésie.
 
Le café fume
 
Et le temps file,
 
Lentement, lentement, lentement.
 
Au tempo de nos cœurs en émoi.
 
Et moi, collé à la vitre de la réalité je me demande comment, comment faire de ce temps arrêté un temps augmenté, comment, comment rester en phase et en phrase avec la beauté, pendant la catastrophe.
 
«Ça va ? pas trop dur en ce moment ?»
 
La question de la semaine est signée François Hollande, elle fait sourire ironique à raison et pourtant, elle résonne aussi, fort, en ces temps troubles et troublés. J’ai envie de répondre, labess, on est là, hamdouli… non p’t’être pas, pas en ce moment, où il y a trop de gens à cran trop de cris trop de crises trop de crispations identitaires trop de cœurs qui crissent et cassent trop d’innocents qui casquent trop de crimes contre la femme et l’homme l’humanité dit-on, à la dérive d’elle-même. L’époque est opaque, incertaine à l’extrême, et il faut aller avec cet état défait, il faut aller, vers la victoire espérée après la défaite de l’intelligence et du sens commun, il faut aller sans retour à l’anormal, aller autant que faire se peut, je vous l’accorde l’expression est désuète mais je la trouve on ne peut plus juste, aller c’est bien de cela qu’il s’agit, aller moins mal, aller mieux, allez ma vieille allez mon vieux, si tu me permets de ne pas te vouvoyer, je te propose d’aller par monts et par mots, zélés, ailés, qui ont rythmé cette semaine, qui a commencé pour moi par un Lundi méchant.
Gaël Faye est back dans les bacs, avec un album invitation accrochez-vous, à « Chalouper » chalouper et à « Jump in the line », à faire « Boomer » les boomers à se souvenir de nous « Kwibuka », à vivre une « Histoire d’amour » et aussi à résister, exister, de « NYC » à « Zanzibar » ne pas céder aux assassins d’aube qui finiront « Seuls et vaincus » si nous consentons enfin à croire assez fort, et assez tendre en nous.
Vous souvenez-vous de la question de la semaine ?
«Ça va ? pas trop dur en ce moment ?»
Ça va, « C’est cool », last night a poet saved my life, je « Respire » le « Kerozen » des rêves d’un artiste grand par la taille et par le talent, un artiste qui va libre, vibre, et devient ce qu’il est, voleur de feu, allumeur de flammes et de boucans d’espérances, un artiste luciole lucide, dont la musique accrocheuse est accoucheuse d’horizon et de « Lueurs » dans la nuit du monde.
Bon vent à l’ami, au frère « juché sur les épaules de géants », qui poursuit son chemin de poèmes avec acuité, intégrité et générosité envers l’avenir, nous rappelant que la seule issue est de nous élever, oui définitivement, « Only way is up ».
Après l’album de Faya, j’ai été foudroyé par «Une douleur blanche », le nouveau roman de Jean-Luc Marty, ami écrivain voyageur, qui nous livre un texte mirifique, d’une délicatesse infinie, nous offrant « la possibilité d’écarter le temps, d’y tailler des brèches déraisonnables », un texte qui nous emmène « vers la fin des mots, par inutilité » et le recommencement, de la vie, avant toute chose.
L’écriture de Jean-Luc Marty est bouleversante et bouleversée, éloge de l’autre, l’être que l’on aime, comme un fils, comme une mère, comme un homme, comme une femme, solitude que l’on accorde à la sienne propre, à la lumière ou à l’ombre de ces amours qui vous fondent, vous font et vous défont, pour mieux vous fondre en vous, plus grande, plus grand, plus belle, plus beau dans le regard en face, posé sur votre âme à nu.
Je le sais parce que je le suis depuis longtemps,
Jean-Luc écrit avec le cœur, portuaire ! Chacune de ses phrases en étincelle, nous arrête et nous continue, en nous-mêmes émus, éblouis.
Si écrire à mon sens c’est prendre la mer, lire c’est autre chose encore, lire c’est apprendre, à prendre le large, à la nage, à la page, à la plage. Prendre le large, dans la voix, la langue habitée d’un être écrivant, qui vous convie à bord d’un bateau ivre, navire qui chavire ou peut chavirer l’âme et donner des ailes à l’esprit voyageur à la recherche du sens, perdu. J’ai pris le large avec ce texte dont je ne reviendrai pas, assurément. Et comme « dans mon pays, on remercie », alors merci
Jean-Luc de Kéroman
, Monsieur Marty, pour la beauté en partage … pendant la catastrophe.
Je réalise que je viens de vous offrir une chronique non essentielle, en vous parlant d’un disque et d’un livre.
Silence cathédrale ou synagogue ou mosquée ou temple, ou tiens librairie, oui silence librairie, c’est mieux, pour un disque et un livre, la littérature et la musique étant non essentielles, selon le gouvernement en marche dans le vide. Silence librairies, oui car elles sont fermées, non essentielles elles aussi, peut-être une idée nouvelle de l’exception culturelle Française, je ne sais pas.
En attendant c’est la culture, et deux artistes, qui ont enflammé de leur essence, cette première chronique, journal d’un confinement en pyjama.
 
Dehors le monde est gris
 
Dedans, il fait poésie.
 
Le café fume
 
Et le temps file,
 
Lentement, lentement, lentement.
 
Au tempo de nos cœurs en émoi.
 
Et vous, «ça va ? pas trop dur en ce moment ?»
 
 
MAOB
 
One Love !!!
 
p.s : texte audio en écoute aussi, juste en cliquant sur le lien you tube ci-dessous.