Rallumer Les Lumières

Répandre les ténèbres, voilà le projet des « assassins d’aube », extrémistes de tous bords.

Et ils sont légion, essaim d’hommes sans âmes, égarés et armés, sentinelles de la pensée, milices de la terreur qui (se) nourrissent (de) la haine.

La haine de l’Autre qui vit, rit, prie, jouit.

Différemment.

Ils sont légion, essaim d’hommes sans âmes qui sèment le chaos, la destruction et la mort sur leur passage.

Ils sont légion, sans honneur.

Et leur projet, est de répandre les ténèbres.

Alors il est temps pour nous, il est temps peut-être, de rallumer les lumières.

Au nord

Au sud

A l’ouest

A l’est

D’Eden.

Car nous sommes nombreux nous aussi, à dire non.

A la peur de l’Autre.

L’Autre qui ne vit pas, ne rit pas, ne prie pas, ne jouit pas comme nous.

 

Nous sommes nombreux nous aussi, à dire non.

Non à l’obscurantisme, et à la propagande de ceux quinous tuent, nous défont de notre humanité au nom d’un dieu ou de l’idée qu’ils s’en font, ceux qui nous haine, nous mécréants, athées, agnostiques, animistes, religieux pratiquant ou non, tous infidèles autant que nous sommes au fond.

En droit d’être, humains.

 

Il est temps, peut-être, de rallumer les lumières.

Et les étoiles, dans les yeux des enfants.

Rallumer les lumières, et les étoiles, voilà notre projet, échafaudé debout, dans le sang gisant au sol, le bruit des balles qui sifflent, des bombes qui soufflent, des machettes qui tranchent, des haches qui décapitent.

Rallumer les lumières, et les étoiles, malgré le bruit, et la fureur.

 

A 15 ans je me disais que la terre se porterait bien mieux sans prophètes, que le monde tournerait plus rond s’il consentait à croire enfin, en ses poètes.

Je rêvais alors, de voir les peuples se convertir, massivement.

 

A la poésie.

 

Et je nous imaginais, armés du chant des partisans de la beauté, allant ensemble à la lutte, commettre des attentats poétiques sourire aux lèvres.

 

J’avais 15 ans, et j’apprenais à vivre selon les vers de Rilke, Holderlin, Césaire, Eluard et Neruda qui m’enseignaient.

L’essence de l’amour, le sens de l’existence, l’école de la pensée libre.

De la poésie.

 

J’avais 15 ans, je rêvais, j’imaginais, j’apprenais, me questionnais.

 

J’avais 15 ans.

 

Depuis j’ai grandi, un peu. Je suis moins naïf.

 

Mais je rêve, j’imagine, j’apprends, et me questionne toujours.

 

Comment interpeller l’avenir ?

En semant l’espérance. En s’aimant ici et là, partout où danse intense la vie.

 

Mais ce que je dis n’engage que moi.

Et d’autres aussi, qui refusent d’abdiquer et céder une once d’intelligence collective, résistant comme ils peuvent, à la bêtise, la barbarie, la violence, l’horreur, (in)humaines.

Alors on se bat, pour ne bas basculer.

Ne pas basculer, surtout ne pas basculer, dans le cynisme, le défaitisme, la vulgarité.

Ou alors accepter de tomber, car il n’y a rien de plus humain.

 

Tomber, puis chevaucher sa chute pour avancer à nouveau, tomber pour mieux se relever et faire face.

Se relever et faire face.

A la bêtise, la barbarie, la violence, l’horreur, (in)humaines.

 

Ce que je dis n’engage que moi, ou pas.

 

Car ce que je dis vous engage peut-être, vous aussi, assis confortablement ou non, dans vos vies.

 

Nous sommes nombreux, à vouloir rallumer les lumières. Et les étoiles.

 

Dans nos yeux.

 

Marc Alexandre Oho Bambe

 

 

Serre-moi la main

Fais-moi la paix

Dessine-moi un matin de lumière

Et mille soleils de cire qui tournoient

En spirales infernales

De tendresse infinie

Derviches

Soyons

Révolutionnaires

D’amour

Pour le meilleur

Et pour le dire

Le rire

Des enfants

Le rire des enfants

Le rire et le dire

Armes miraculeuses

Contre la tentation du pire

Marc Alexandre Oho Bambe

Chronique sur Africultures

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